La pratique de disposer du placenta en nature est particulièrement répandue, et ce aux quatre coins du globe. Les lieux choisis, les rituels qui l’accompagnent ou les croyances qui y sont associées varient d’un peuple à l’autre, mais le concept de redonner le placenta à la nature et aux éléments a souvent une place de choix.
Enterrer le placenta dans un lieu bien choisi, que ce soit sous un arbre, au temple, en pleine nature ou à même la terre battue de la case familiale, est une pratique que l’on retrouve aux quatre coins du globe.
La symbolique qui y est associée varie grandement d’un peuple à l’autre, mais on y retrouve très souvent le thème de du lien à la terre natale et à la terre nourricière. Pour certains , c’est le lieu qui est symbolique, pour d’autres, c’est les objets qui y sont ajoutés, ou la personne qui performe le rituel.
Saviez-vous qu’en langue Tahitienne, le mot pour désigner le placenta , pu-fenua, signifie «centre/noyau terre» ? Comme si le placenta était appelé à intégrer ou ré-intégrer la terre…
En occident, l’option d’enterrer le placenta gagne de plus en plus en popularité, un nombre croissant de familles désirant récupérer et honorer leur placenta, sans toutefois avoir envie de le consommer.
L’idée de planter un arbre à l’endroit même où le placenta a été enseveli est généralement assez courante. L’enfant pourra aller s’y recueillir, le voir grandir au fur et à mesure avec lui, en prendre soin, récolter ses fruits…
Ce peut être l’occasion de souhaiter la bienvenue au bébé !
Au moment d’enfouir le placenta, vous pouvez y ajouter des fleurs ou autres éléments de la nature qui peuvent représenter des souhaits pour l’enfant qui grandit.
Pour certains, prononcer un mot d’accueil, chanter une chanson autour de l’arbre et du placenta suffisent. D’autres en font une cérémonie plus officielle, comprenant des chants, des danses, des lectures, l’expression de voeux pour l’enfant, etc. Chacun participe à sa façon, en jetant une pelletée de terre sur le placenta, en aidant à planter l’arbre, en l’arrosant…
Pour les familles nomades, ou qui n’ont pas l’espace nécessaire pour planter un arbre à l’extérieur, vous pouvez préparer la poudre de placenta, la mélanger à de la terre et y mettre un petit arbre ou plante en pot, qui pourra accompagner l’enfant au fil des déplacements.
L’image de l’arbre a longtemps été un symbole associé au placenta. Déjà en apparence, le placenta rappelle un arbre, particulièrement lorsqu’on en fait l’empreinte. On le désigne souvent comme «l’arbre de vie».
« L’arbre fur, de tous les temps, une source d’inspiration pour les mythes. Par ses racines, il appartient au monde des divinités de la terre, au monde des morts, où il puise sa force vitale. Son tronc est un symbole puissant de force et de tranquillité. Avec le renouvellement annuel de son feuillage, l’arbre est la figure originelle de toute la vie: la floraison de la jeunesse, la plénitude des années mûres, la coloration de la vieillesse et la décomposition à l’approche de la mort. Mais il incarne toujours l’attente d’une nouvelle floraison, d’un recommencement perpétuel »1
On choisit traditionnellement un arbre fruitier ou un arbre à noix. Le placenta nourrira l’arbre, qui à son tour nourrira l’enfant de ses fruits! Dans certaines cultures, le choix de l’arbre est très important. On peut également choisir un arbre selon ses caractéristiques (physiques ou symboliques) et voir quelle essence correspond le mieux à la personnalité de l’enfant.
Dans de nombreux pays européens, c’est un pommier qui sera choisi. Selon la mythologie celtique, le pommier est le symbole de la solidarité entre l’Homme, la Nature, la Vie et la Mort. La croyance disait que si une femme mangeait une pomme d’un pommier de naissance, elle serait bientôt mère à son tour. Le pommier est également symbole de fécondité, de connaissance et d’immortalité.
Selon les pays, la tradition est de planter un pommier pour une fille, un poirier ou un noyer pour un garçon, ou bien de laisser la grand-mère choisir l’arbre, cette dernière étant réputée avoir l’expérience de vie la plus riche.
Dans les campagnes, germaniques et nordiques, le bouleau était autrefois symbole de la déesse de l’amour et de la fertilité, Freya. Jusqu’au Moyen Âge, la tradition voulait qu’on enterre le placenta sous ses racines, lui offrant ainsi le « pain de la mère ».
Certains parents encore aujourd’hui se basent sur le calendrier celtique des arbres pour choisir celui de leur enfant. Ce calendrier commence le 24 décembre avec le bouleau, et comporte 13 mois de 28 jours, chacun représenté par un arbre, et 5 arbres supplémentaires représentant les solstices, les équinoxes et le 365ème jour de l’année. L’arbre est ainsi choisi selon la date de naissance de l’enfant.
La signification que l’on attribue aux arbres peut varier d’une culture à l’autre, et d’une interprétation à l’autre mais l’important est que celle-ci fasse sens pour vous. En voici quelques exemples :
Assurez-vous de choisir un arbre ou un arbuste qui convient à votre type de sol, climat, et à la rusticité de votre région, ainsi que de vous informer sur la bonne façon de le planter, afin d’éviter les mauvaises surprises.
Certains ajoutent un petit jardin de pierres à la fin du rituel : invités et parents offrent des pierres (décorées ou non) chargées de bonnes intentions, qui, à elles toutes, forment une sculpture, un dessin, un jardin de pierre ou une bordure autour de l’arbre. Une visite à ce lieu à chaque anniversaire de l’enfant peut également instaurer une tradition familiale. Cet espace peut également devenir un lieu de recueillement pour l’enfant.
De nos jours, les placenta non-réclamés sont majoritairement incinérés, tout simplement, sans artifices. Mais il est également possible de choisis de confier le placenta à un feu sacré, ou de créer un rituel autour du placenta impliquant le feu.
Au Pérou, dans les Andes, on pense que le froid peut envahir la mère et la faire mourir en passant par le placenta. Pour y remédier il faudra brûler la délivrance entre deux rochers. Chez les Mayas, le placenta sera brûlé, et les cendres enterrées après trois semaines de réclusion postnatale. En Corée, le placenta sera brûlé sur un versant de montagne ou sur l’avant-toit de la maison, au cas où la famille aimerait d’autres enfants.
Vous pouvez choisir de créer une cérémonie ou un rituel de placenta impliquant le feu. Pendant que le feu consume le placenta, vous pouvez chanter, prier, danser.
Attention, attendez-vous à ce qu’il y ait une odeur de viande brûlée!
Suite au rituel, vous pouvez conserver les cendres, les ajouter à une amulette pour l’enfant, les mélanger à de la terre et y planter un arbre (ou une plante d’intérieur dans un pot) , les répandre à un endroit bien choisi, ou simplement les conserver pour permettre à l’enfant d’en disposer selon son désir.
À Bali, bien que la majorité des gens enterrent leurs placentas au temple familial, certains choisissent de remettre le placenta à l’océan, espérant ainsi que l’enfant aura l’opportunité de voyager loin.
Le peuple Wayana de Guyane attachait autrefois le placenta à une pierre, et le tout était jeté dans la rivière afin qu’il coule profondément, demandant ainsi à l’esprit des eaux de veiller sur l’enfant.
Confier le placenta à un cours d’eau est une pratique moins répandue, mais elle existe tout de même à certains endroits. De nos jours, c’est moins évident à pratiquer car il y a des normes environnementales à respecter. Si de confier le placenta à un cours d’eau vous appelle, assurez-vous que le cours d’eau est assez vaste, et qu’il ne risque pas de causer de problème. Une alternative pourrait être de mettre à l’eau un peu de cendres ou de la poudre de placenta, plutôt que l’organe en entier.
(1) GELIS J. , L’arbre et le fruit, la naissance dans l’Occident moderne. Paris, ed. Fayard, 1984, 611 pages.